Il y a des voitures...et la Golf
GTI.
Destinée à succéder à la mythique Coccinelle, la Golf saura,
en particulier à travers la fabuleuse dynastie des GTI,
accéder aussi au panthéon de l'automobile. Rencontre avec
l'enfant terrible de Volkswagen...
A
la fin des années 60 la vénérable Coccinelle, qui souffle
déjà ses 25 bougies, n'est plus vraiment dans le coup face à
une concurrence toujours plus virulente. Conscient de cette
situation, l'état major de Volkswagen souhaite lui trouver une
remplaçante digne de ce nom, radicalement moderne et
différente, capable de faire oublier une bonne fois pour toute
la Cox. Un objectif louable sur le papier, mais qui semble
pourtant tenir de l'impossible, tant l'indémodable "bête
à bon dieu" jouit encore d'une aura en béton aux quatre
coins de la planète. C'est ce challenge, plus que risqué, que
relèvera malgré tout dès 1967 un jeune styliste italien du
nom de Giugiaro. En 1973, la crise pétrolière vient de
frapper, et Giugiaro s'évertue à concilier l'impossible en
proposant une auto compacte et habitable, mais aussi robuste et
légère. L'idée de "la troisième
porte", le hayon, ayant fait ses preuves sur la R4, la R16
et la Simca 1100 est adoptée. De toute façon, c'est décidé,
cette nouvelle voiture sera une traction, jugée plus en phase
avec les tendances du moment, et elle recevra le moteur,
désormais refroidi par eau, à l'avant. Une vraie révolution
chez VW !
Le concentré de Volkswagen
Afin
de souligner ce changement de cap à 180°, les formes douces et arrondies de la
Cox seront remplacées par un design anguleux et ramassé à souhait, composé
de lignes tendues. Le dessin est simple mais efficace, fait pour marquer les
esprits. L'avant, taillé à la serpe, est identifiable au premier coup d'œil
avec une fine calandre horizontale intégrant de part et d'autre une optique
ronde. Dessous, prend place un fin pare-chocs, en tôle d'abord, doté de petits
clignotants rectangulaires. Le profil dénué de porte à faux, d'abord imaginé
uniquement en 3 portes, est d'une tout aussi géniale simplicité, fait pour
traverser les années sans se démoder. L'intérieur est du même tonneau, avec
une planche de bord angulaire, dotée d'une instrumentation complète aussi
claire que lisible, qui inspirera par ailleurs de nombreux autres constructeurs
pour les années à venir. Quant à l'arrière, il ne s'embarrasse pas non plus
de fioriture en allant à l'essentiel. Sous le hayon doté d'une large lunette
arrière, prennent place aux extrémités deux petits feux rectangulaires, qui
perdureront d'ailleurs jusque sur les premières générations de cabriolets.
C'est ainsi qu'en mai 1974 donc, le "bébé" de Giugiaro, d'une longueur de
3,71 m et de 780 kilos à sa naissance, est enfin présenté à la presse
internationale sous le nom de "Golf". Un nom évoquant un certain luxe et art
de vivre, il est vrai, nettement plus classe que "Foot". Le mythe était en
marche! Motorisée initialement par un modeste 4 cylindres 1100 cm3 de 50
chevaux placé en position transversale, la Golf fait une entrée très
remarquée sur un marché qui, il faut l'avouer, est encore résolument tourné
vers le passé. Les autos compactes, dotées d'un hayon, ne sont pas encore
légion, et les concurrentes directes de l'époque, capables d'en découdre avec
cette nouvelle venue, se comptent sur les doigts de la main. Il y a bien,
certes, la novatrice Renault 5 ou Peugeot 104 qui pointent le bout de leur capot
en France, mais elles sont d'un gabarit nettement inférieur. Quant aux
compatriotes de la Golf, je veux parler de l'Opel Kadett et de la Ford Escort,
elles ont du mal à supporter la comparaison, tant le dernier concentré de
Volkswagen apparaît comme en avance sur son temps. En fait, la rivale la plus
dangereuse pour la petite teutonne était sans doute la brillante (et
bouillonnante!) Alfasud. Conscient de cette longueur d'avance sur la
concurrence, Volkswagen, toujours soucieux d'innover, songe déjà à des jours
meilleurs et table sur une reprise de l'économie.
Si les
grosses GT, trop gourmandes en carburant, semblent être définitivement
condamnées, sans doute y a t-il auprès de cette clientèle férue de
sensations fortes un potentiel pour une petite auto à hautes performances?
Après tout, ce concept d'installer un gros moteur dans une petite voiture
n'était pas nouveau, et le succès de la saga Gordini de Renault ou bien encore
de l'Austin Cooper ne pouvaient que conforter les dirigeants de VW dans cette
démarche. Eh oui! C'était pourtant facile de ne pas se tromper, pour plagier
le célèbre slogan de l'époque! Bien inspiré, c'est ainsi que Volkswagen
développa sur la base de sa Golf une variante chic et choc qui allait
bouleverser pour plusieurs décennies le monde encore trop élitiste des
voitures de sport en lançant une véritable bombe (dans tous les sens du
terme!) : la turbulente GTI.
Génération GTI
A
partir de 1976, les "ventouses de la voie de gauche" incarnées par
les possesseurs de Citroën CX, Peugeot 504 et autres BMW allaient devoir se
faire une raison: la Golf, une fois estampillée du sigle "GTI" n'a
plus rien d'une gentille petite citadine. Il va falloir désormais apprendre à
partager avec elle la file de gauche, et même se faire à l'idée de voir
souvent son pare-chocs arrière! Pensez donc ! En héritant du moteur de l'Audi
80 GT, les dirigeants de Wolfsburg, aidés par Herbert Schuster, un transfuge de
chez Audi, n'ont pas fait dans la demi-mesure: la frêle Golf, pesant à peine
800 kilos toute mouillée, recevait ainsi un turbulent 4 cylindres 1,6 1 à
injection de 110 chevaux, accouplé à une boîte manuelle à 4 vitesses. Une
puissance qui ne faisait pas sourire en 1976, et même aujourd'hui, 110 chevaux
dans une caisse aussi légère, cela donne un rapport poids/puissance des plus
flatteur. En dépit de cette écurie qui n'a pourtant rien de
"kolossale" pour une auto sportive, qui plus est allemande, la Golf
GTI était capable d'expédier le 1000 mètres départ arrêté en à peine 32
secondes et de dépasser les 180 km/h chrono! Des capacités étonnantes pour
une si petite voiture, qui ont largement contribués à sa réputation. La
presse automobile de l'époque, plus que séduite, ne manquera pas d'en faire
l'écho, et les ventes suivront à un rythme effréné qui dépassera, et de
loin, les prévisions les plus optimistes des dirigeants de VW. Il est vrai
qu'en cette douce époque dénuée de radars, les performances étaient toujours
le fond de commerce privilégié de nombreuses marques automobiles, surtout
allemandes, mais tout cela était nouveau pour Volkswagen. Eh oui! A la fin des
années 70, on savait encore vivre, et prendre du plaisir au volant ne faisait
pas encore de nous fatalement des « chauffards» ou des « irresponsables» en
puissance. Conscient que la vitesse a encore de beaux jours devant elle,
Volkswagen ne cessera d'affûter sa terrible GTI, dans le but de la rendre
toujours plus méchante, d'abord sur le plan stylistique. Les élargisseurs
d'aile, signe distinctif des versions GTI seront conservés, mais il faudra tout
de même attendre 1981 pour qu'elle connaisse une première évolution
significative, à commencer par la commercialisation de la carrosserie à 5
portes, moins jolie, mais plus fonctionnelle. Mais la version la plus marquante
est incarnée par la volcanique « Oettinger », demandée par VAG France.
Limitée à 1250 exemplaires seulement, l'Oettinger reçoit une culasse à 16
soupapes et 136 chevaux sous le capot (vitesse maxi: 199 kmlh).
En marge de série spéciale, très recherchée aujourd'hui, la Golf GTI «
standard» se refait une petite beauté en recevant des boucliers en plastique,
plus modernes d'aspect, un cinquième rapport (dès 1980), des feux arrière
plus gros et donc plus visibles, une calandre 4 phares (optionnelle), et un
intérieur légèrement modifié. Rassurez-vous, puisque les petites jantes en
tôle ainsi que le pommeau du levier de vitesses, en forme de balle de golf,
sont toujours conservés. Cela étant, les sièges perdent leurs motifs
écossais pour des bandes de couleur, le volant à 3 branches en alu est
remplacé par un autre, plus gros et en plastique, doté de 4 branches et le
tableau de bord intègre, à partir de 1982, un ordinateur de bord. En septembre
1982 apparaît la version 1800 au catalogue. Elle ne gagne que... deux chevaux
de plus (112 contre 110), mais c'est surtout le couple qui sera revu à la
hausse. L'année 1983 sonnera la fin de cette première lignée, assurément la
plus noble. Les séries spéciales « GTI Plus» et « Rabbit » se chargent
d'écouler les derniers stocks, et l'année suivante marquera l'entrée en
service de la Golf 2, totalement nouvelle... mais qui tombe dans les pièges du
marketing. Les choses ne se sont malheureusement pas arrangées depuis...
L'année 2004 verra, quelques 22 millions d'exemplaires plus tard, la
commercialisation de la 5 ème génération de Golf, avec toujours l'éternelle
GTI au catalogue. Les noms demeurent, mais la Golf 5, trop embourgeoisée, trop
sophistiquée, trop grosse et trop lourde, n'a plus rien à voir avec son
illustre ancêtre, si simple et si génial.